La donation entre époux est elle suffisante

Boris Intini
Directeur général de PraxiFinance
Mis à jour le
02 July 2026

Non, la donation entre époux ne suffit pas toujours à elle seule à protéger complètement un conjoint survivant. Elle reste limitée par la réserve héréditaire des enfants, elle est révocable à tout moment sans obligation d'en informer le bénéficiaire, et elle ne produit aucun effet du vivant des deux époux. Dans de nombreuses situations, elle doit être complétée par d'autres outils patrimoniaux.

Quelles sont les limites légales de la donation entre époux ?

La donation entre époux ne peut jamais porter atteinte à la réserve héréditaire des enfants, la part minimale du patrimoine que la loi leur garantit. Elle s'applique donc uniquement sur la quotité disponible, la portion du patrimoine dont chaque époux peut librement disposer. Cette quotité varie selon le nombre d'enfants, la moitié du patrimoine en présence d'un enfant, un tiers avec deux enfants, un quart à partir de trois enfants. Plus la famille compte d'enfants, plus la marge de manœuvre offerte par la donation entre époux se réduit mécaniquement, ce qui peut limiter son efficacité dans les familles nombreuses.

La donation entre époux est-elle vraiment garantie une fois signée ?

Non, elle reste par principe librement révocable par l'époux qui l'a consentie, à tout moment et sans avoir à justifier sa décision, ni même à en informer son conjoint. Cette révocation peut se faire par un nouvel acte notarié ou par testament ultérieur, sans que le bénéficiaire ne soit prévenu de l'existence de cette modification. Ce caractère révocable constitue la principale fragilité de l'outil, un époux qui pense être protégé peut se retrouver, au jour du décès, avec des droits bien plus limités que ceux initialement prévus dans l'acte.

Que devient la donation entre époux en cas de divorce ?

La donation entre époux tombe automatiquement en cas de divorce, sauf clause de maintien expressément prévue dans l'acte, ce qui reste rare en pratique. Elle ne protège donc que dans l'hypothèse d'un décès survenant pendant le mariage, et non en cas de séparation. Ce point mérite d'être gardé à l'esprit, notamment pour les couples qui envisagent une seconde union et souhaitent réévaluer leurs dispositions à chaque étape de leur vie personnelle.

La donation entre époux est-elle suffisante en présence d'enfants d'une précédente union ?

C'est précisément dans cette configuration que la donation entre époux montre ses limites les plus concrètes. Les enfants issus d'une précédente union, dits enfants non communs, disposent d'un droit spécifique prévu par le code civil, celui de substituer à l'usufruit qui leur serait imposé l'abandon pur et simple de leur part en pleine propriété, ou de demander la conversion de cet usufruit en rente viagère. Ce mécanisme peut réduire significativement la portée pratique de la donation pour le conjoint survivant, en particulier lorsque les relations entre le beau-parent et les enfants du premier lit sont tendues. Une rédaction précise de l'acte, adaptée à la configuration familiale réelle, reste indispensable dans ce contexte.

La donation entre époux protège-t-elle le conjoint de son vivant ?

Non, la donation entre époux, ou donation au dernier vivant, ne produit strictement aucun effet tant que les deux conjoints sont en vie. Aucun bien n'est transféré, aucun droit n'est modifié avant le décès de l'un des époux. Elle ne répond donc à aucun besoin de protection en cas d'incapacité, de dépendance ou de perte d'autonomie de l'un des conjoints pendant le mariage, une situation qui relève d'un outil distinct, le mandat de protection future, permettant de désigner à l'avance la personne chargée de gérer ses affaires en cas d'incapacité.

Quels outils compléter avec la donation entre époux pour une protection réelle ?

Une donation entre époux gagne à être combinée avec d'autres dispositifs selon la situation familiale et patrimoniale du couple. Un testament permet d'organiser plus finement la répartition des biens et de désigner un légataire pour la quotité disponible. Une assurance vie au bénéfice du conjoint transmet un capital hors succession, indépendamment des règles de la réserve héréditaire. Sous le régime de la séparation de biens, l'aménagement du contrat de mariage, par exemple via une société d'acquêts, complète utilement la donation entre époux, comme le détaille l'article consacré à la donation entre époux sous le régime de la séparation de biens. Le coût de ces différentes démarches reste par ailleurs modéré, comme détaillé dans l'article sur les frais d'une donation entre époux.

Comment le conjoint survivant peut-il obtenir des liquidités rapidement après un décès ?

Même avec une donation entre époux bien rédigée, le conjoint survivant peut se retrouver confronté à un manque de liquidités immédiates, le temps que la succession soit réglée, en particulier lorsque le logement familial se retrouve en indivision avec les enfants. Une fois la succession suffisamment avancée et la propriété du bien clarifiée, le conjoint survivant peut mobiliser la valeur de ce bien via un crédit hypothécaire, sans avoir à le vendre ni à attendre le partage complet avec les héritiers. Cette solution s'adresse à un propriétaire qui apporte son bien en garantie pour emprunter de la trésorerie, sous réserve de disposer de revenus stables permettant d'assumer les échéances du prêt. Le montant emprunté démarre à 100 000 euros et peut atteindre jusqu'à 70 pour cent de la valeur du bien, ce plafond restant un maximum et non un montant automatiquement accordé.

Ce mécanisme ne nécessite ni assurance emprunteur ni questionnaire de santé, et reste accessible sans limite d'âge, un point particulièrement adapté à un conjoint survivant déjà âgé au moment du décès. Les conditions d'obtention d'un crédit hypothécaire permettent ainsi de compléter la protection offerte par la donation entre époux avec une solution de trésorerie concrète.

Philippe, devenu propriétaire à part entière de sa résidence principale estimée à 620 000 euros après le décès de son épouse et le règlement de la succession avec ses enfants, souhaitait dégager des liquidités pour faire face à des dépenses imprévues sans vendre le logement familial. Il disposait de revenus stables lui permettant d'assumer une mensualité. Il a finalement emprunté 100 000 euros sur 25 ans à un taux de 5,69 pour cent par an, pour une mensualité de 625 euros, avec des frais de mise en place de 8,5 pour cent du montant emprunté, soit 8 500 euros. Ce montant reste très en deçà du plafond de 70 pour cent applicable à son bien, ce qui a facilité l'étude de son dossier.

FAQ

La donation entre époux peut-elle priver totalement les enfants de leur héritage ?
Non, elle ne peut jamais porter atteinte à la réserve héréditaire des enfants, la part minimale garantie par la loi. Elle s'applique uniquement sur la quotité disponible, la portion du patrimoine dont chaque époux peut librement disposer en dehors de cette réserve.

Le conjoint est-il informé si son époux révoque la donation entre époux ?
Non, la révocation peut être décidée unilatéralement par l'époux donateur, sans obligation légale d'en informer son conjoint. Cette absence d'information constitue l'une des principales limites pratiques de cet outil de protection.

Que se passe-t-il si le couple divorce après une donation entre époux ?
La donation tombe automatiquement en cas de divorce, sauf clause de maintien expressément prévue dans l'acte initial. Elle ne protège donc que dans l'hypothèse d'un décès survenant pendant le mariage, pas en cas de séparation.

La donation entre époux suffit-elle dans une famille recomposée ?
Pas toujours, les enfants issus d'une précédente union disposent d'un droit spécifique leur permettant de demander la conversion de l'usufruit du conjoint survivant en rente viagère, ce qui peut réduire la portée pratique de la donation dans ce contexte.

Faut-il un testament en plus d'une donation entre époux ?
Cela dépend de la situation familiale, mais un testament permet souvent d'organiser plus précisément la répartition des biens et de compléter utilement la donation entre époux, notamment pour désigner un légataire sur la quotité disponible.

La donation entre époux protège-t-elle en cas de dépendance du conjoint ?
Non, elle ne produit aucun effet tant que les deux époux sont en vie. La protection en cas d'incapacité ou de dépendance relève d'un outil distinct, le mandat de protection future, qui permet d'anticiper la gestion des affaires du conjoint concerné.

Boris Intini est le Directeur Général de PraxiFinance. Régulièrement invité dans les médias pour partager son expertise sur la monétisation immobilière, il contribue à l’enrichissement du site par la rédaction d’articles dédiés aux enjeux des propriétaires en recherches actives de liquidités.

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