Pour un viager, tableau de calcul et méthode suivent toujours la même logique : on part de la valeur vénale du bien, on en retire la valeur du droit d'occupation que conserve le vendeur si le viager est occupé, puis on répartit le solde entre un bouquet versé à la signature et une rente viagère. Le montant de la rente dépend de l'espérance de vie du ou des vendeurs, du taux retenu et du bouquet négocié ; aucun barème légal n'impose de prix.
Comment calculer un viager ?
Le calcul d'un viager se fait en quatre étapes : estimer la valeur vénale, en déduire la valeur occupée, fixer le bouquet, puis convertir le solde en rente.
- Valeur vénale : le prix auquel le bien se vendrait libre, sur le marché, à la date de la vente.
- Valeur occupée : la valeur vénale diminuée de la valeur du droit d'usage et d'habitation que garde le vendeur (viager occupé uniquement).
- Bouquet : la somme payée comptant le jour de l'acte, librement négociée.
- Rente : le solde, appelé capital à convertir, transformé en versements périodiques jusqu'au décès du vendeur.
Le viager est un contrat aléatoire (article 1964 du Code civil) : ni le vendeur ni l'acheteur ne savent combien de temps la rente sera versée. Tout l'enjeu du calcul est de chiffrer cet aléa de façon équilibrée. Pour le fonctionnement général du contrat, consultez notre page sur la vente en viager.
Valeur vénale et décote d'occupation
La décote d'occupation correspond à la valeur des loyers que l'acheteur ne percevra pas tant que le vendeur occupe le logement. Elle se calcule à partir de trois paramètres :
- la valeur locative du bien, c'est-à-dire le loyer de marché qu'il pourrait produire ;
- la durée probable d'occupation, déduite de l'espérance de vie du vendeur selon des tables de mortalité (tables de l'INSEE, tables générationnelles TGH 05 et TGF 05 des assureurs, ou barèmes professionnels comme le barème Daubry) ;
- un taux d'actualisation, qui ramène ces loyers futurs à leur valeur d'aujourd'hui.
Plus le vendeur est jeune, plus la durée d'occupation probable est longue et plus la décote est forte. Le barème fiscal de l'article 669 du CGI, souvent cité, ne fixe pas le prix d'un viager : il sert à calculer les droits de donation et de succession sur un usufruit, comme l'explique notre article sur le barème de l'usufruit et de la nue-propriété.
Bouquet et rente : comment les répartir ?
Le bouquet et la rente sont deux parts d'un même prix : tout euro versé en bouquet réduit d'autant le capital converti en rente. Le Code civil n'impose ni bouquet minimum ni proportion : la rente est fixée au taux que les parties choisissent (article 1976 du Code civil).
- Un bouquet élevé convient au vendeur qui a un projet immédiat (travaux, aide aux enfants, remboursement d'un crédit).
- Une rente élevée convient au vendeur qui cherche un complément de revenu régulier.
- La rente est le plus souvent indexée, par une clause de l'acte, pour conserver son pouvoir d'achat.
- Une clause résolutoire protège le vendeur si l'acheteur cesse de payer.
Tableau de calcul du viager occupé : comment l'utiliser ?
Un tableau de calcul du viager occupé enchaîne cinq lignes, chacune issue de la précédente ; il suffit de renseigner la valeur du bien, son loyer de marché, la durée d'occupation retenue, le taux d'actualisation et le bouquet souhaité.
- Valeur vénale libre du bien.
- Valeur du droit d'occupation = loyer annuel de marché × coefficient d'actualisation sur la durée d'occupation retenue.
- Valeur occupée = valeur vénale − valeur du droit d'occupation.
- Capital à convertir = valeur occupée − bouquet.
- Rente mensuelle = capital à convertir ÷ coefficient de rente mensuel calculé sur la même durée et le même taux.
Exemple, avec des hypothèses choisies uniquement pour illustrer la mécanique : un bien de 400 000 € pouvant se louer 1 200 € par mois, soit 14 400 € par an, une durée d'occupation retenue de 12 ans et un taux d'actualisation de 2 %.
- Coefficient d'actualisation sur 12 ans à 2 % : 10,575.
- Valeur du droit d'occupation : 14 400 × 10,575 = 152 285 €.
- Valeur occupée : 400 000 − 152 285 = 247 715 €.
- Avec un bouquet de 60 000 €, capital à convertir : 187 715 €.
- Rente : 187 715 € répartis sur 144 mois au même taux, soit environ 1 467 € par mois.
Sans actualisation, la même rente serait de 187 715 ÷ 144 = 1 304 € par mois. Ces chiffres ne constituent pas un barème : dans un dossier réel, la durée, le taux et la valeur locative se discutent et se justifient. Côté acquéreur, la même grille de lecture est détaillée dans notre article sur l'achat en viager occupé.
Calcul d'un viager sur deux têtes
Sur deux têtes, la rente est due jusqu'au décès du dernier survivant, ce qui allonge la durée probable de versement : la décote d'occupation augmente et la rente diminue par rapport à un viager sur une seule tête.
- La durée de référence est l'espérance de vie conjointe du dernier survivant, toujours plus longue que celle de chacun des deux vendeurs.
- L'acte précise si la rente continue intégralement après le premier décès (réversion totale) ou si elle est réduite.
- Le droit d'occupation se prolonge jusqu'au second décès, ce qui pèse sur la valeur occupée.
- L'écart d'âge entre les vendeurs compte autant que leur âge moyen : un conjoint nettement plus jeune allonge fortement la durée retenue.
Viager libre ou occupé : quelle différence de calcul ?
En viager libre, aucune décote d'occupation ne s'applique : le calcul part directement de la valeur vénale, si bien que la rente est plus élevée à paramètres égaux. Reprenons l'exemple : sans droit d'occupation, le capital à convertir après un bouquet de 60 000 € est de 340 000 €, et la rente atteint environ 2 658 € par mois sur les mêmes hypothèses, contre 1 467 € en viager occupé. L'acheteur peut en contrepartie habiter ou louer le bien dès la signature. Le viager libre concerne surtout les résidences secondaires et les biens locatifs.
Quelles règles juridiques et fiscales encadrent le calcul ?
Le prix d'un viager est libre, mais il doit conserver un véritable aléa, sans quoi la vente peut être annulée.
- La vente est sans effet si le vendeur décède, dans les vingt jours de l'acte, d'une maladie dont il était atteint lors de la signature (article 1975 du Code civil).
- Une rente dérisoire au regard des revenus du bien peut faire requalifier l'opération, par exemple en donation déguisée.
- La rente perçue est imposable sur une fraction fixée une fois pour toutes selon l'âge du vendeur au premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % de 50 à 59 ans, 40 % de 60 à 69 ans, 30 % à partir de 70 ans.
- La vente de la résidence principale est exonérée d'impôt sur la plus-value.
Ces fractions imposables figurent dans la doctrine fiscale officielle sur les rentes viagères à titre onéreux.
Vendre en viager ou emprunter sur son bien ?
Le viager transfère définitivement la propriété du bien ; le prêt viager hypothécaire permet, dès 60 ans, d'obtenir un capital tout en restant propriétaire. C'est la différence essentielle à peser avant de lancer un calcul de viager.
- Le prêt viager hypothécaire verse en une fois de 15 % à 50 % de la valeur du bien selon l'âge et la localisation, à partir de 100 000 € pour un bien de 300 000 € minimum. Aucune mensualité, aucune condition de revenus : les intérêts sont capitalisés, à taux fixe communiqué dans l'offre après étude, et la dette ne peut jamais dépasser la valeur du bien. Le prêt est remboursé lors de la vente du bien ou par la succession. Notre simulation de prêt viager hypothécaire en donne un exemple chiffré.
- Le crédit hypothécaire convient au propriétaire qui dispose de revenus d'au moins trois fois la mensualité : jusqu'à 70 % de la valeur du bien, à taux fixe, jusqu'à 95 ans en fin de prêt.
Pour d'autres comparaisons, consultez nos articles sur le réméré face au viager et sur la vente à terme face au viager.
À retenir : calculer un viager consiste à partir de la valeur vénale, à déduire en viager occupé la valeur actualisée des loyers dont le vendeur conserve l'usage, puis à partager le solde entre bouquet et rente. Espérance de vie, valeur locative et taux d'actualisation pilotent le résultat ; sur deux têtes, la durée s'allonge et la rente baisse. Aucun barème légal ne fixe le prix. Pour obtenir un capital sans vendre, le prêt viager hypothécaire est l'alternative à étudier dès 60 ans.
Questions fréquentes
Comment calculer la rente d'un viager ?
On retranche le bouquet de la valeur occupée (ou de la valeur vénale en viager libre), puis on divise ce capital par un coefficient de rente qui dépend de l'espérance de vie du vendeur et du taux d'actualisation retenu.
Existe-t-il un barème officiel du viager ?
Non. Le prix et la rente sont fixés librement par les parties. Les professionnels s'appuient sur des tables de mortalité et des barèmes de marché, et le barème fiscal de l'article 669 du CGI ne sert qu'aux droits de donation et de succession.
Quelle décote appliquer pour un viager occupé ?
Elle correspond à la valeur actualisée des loyers dont l'acheteur est privé pendant la durée probable d'occupation. Elle est d'autant plus forte que le vendeur est jeune et que le bien a une valeur locative élevée.
Le bouquet est-il obligatoire ?
Non. Une vente en viager peut se faire sans bouquet, le prix étant alors entièrement converti en rente. En pratique, un bouquet est presque toujours prévu.
Comment la rente viagère est-elle imposée ?
Seule une fraction est imposable, fixée selon l'âge du vendeur au premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % de 50 à 59 ans, 40 % de 60 à 69 ans, 30 % à partir de 70 ans.
Comment calculer un viager sur deux têtes ?
On retient l'espérance de vie conjointe du dernier survivant, plus longue que celle de chaque vendeur, ce qui augmente la décote d'occupation et réduit la rente, en tenant compte de la clause de réversion prévue dans l'acte.









