Vente à réméré en cas de fichage Banque de France

Zoe Lemonnier
Analyste
Mis à jour le
05 January 2026

Être fiché à la Banque de France (FICP) place de nombreux propriétaires dans une situation de blocage : accès au crédit restreint, pression des créanciers, procédures de recouvrement parfois avancées.
Dans ce contexte, la vente à réméré (ou vente avec faculté de rachat) peut constituer une solution patrimoniale exceptionnelle, à condition d’en comprendre exactement la portée juridique, les limites et les risques. Contrairement à certaines idées reçues, la vente à réméré ne défichera jamais quelqu’un “automatiquement”, et n’est pas un crédit. Elle permet en revanche, dans certains cas, de solder des dettes à l’origine du fichage, ce qui peut conduire, indirectement, à la levée de l’inscription FICP lorsque les conditions légales sont réunies.

Qu’est-ce que le fichage Banque de France (FICP) ?

Le FICP (Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) est tenu par la Banque de France.
Il recense :

  • les incidents de paiement caractérisés sur crédits,
  • les personnes faisant l’objet d’un dossier de surendettement.

La Banque de France ne décide pas du fichage : elle enregistre les déclarations transmises par les établissements de crédit ou la commission de surendettement.

Le fichage entraîne notamment :

  • des refus de crédit quasi systématiques,
  • une surveillance accrue des comptes,
  • une fragilisation globale de la situation financière.

Vente à réméré : définition et cadre juridique

La vente à réméré est une vente immobilière réelle, encadrée par les articles 1659 à 1673 du Code civil.

Elle repose sur trois principes fondamentaux :

  1. Le bien est vendu à un investisseur, par acte notarié.
  2. Le vendeur dispose d’une faculté de rachat, à un prix fixé à l’avance.
  3. Cette faculté est limitée dans le temps (en pratique 6 à 36 mois).

Juridiquement :

  • le vendeur n’est plus propriétaire pendant la durée du réméré ;
  • il conserve uniquement un droit personnel de rachat, pas un droit réel.

Ce que permet réellement une vente à réméré pour une personne fichée FICP

La vente à réméré n’agit jamais sur le FICP en tant que tel.
Elle peut en revanche permettre :

  • d’obtenir des liquidités immédiates sans recours au crédit,
  • de rembourser tout ou partie des dettes à l’origine du fichage,
  • de rétablir une situation financière saine, préalable indispensable à toute radiation FICP.

Le défichage n’intervient que si les créanciers déclarent la dette régularisée, ou à l’échéance du délai légal.

Procédures judiciaires : attention aux idées fausses

Faux : la vente à réméré ne “suspend” pas automatiquement les poursuites.

En pratique :

  • le produit de la vente peut permettre de payer les créanciers,
  • ce paiement peut entraîner l’extinction des procédures,
  • mais aucune suspension automatique n’existe sans règlement effectif.

Occupation du bien pendant le réméré

Le vendeur peut rester dans le bien :

  • via une indemnité d’occupation, prévue à l’acte,
  • parfois prépayée, parfois versée mensuellement.

Il ne s’agit ni d’un loyer, ni d’un bail, mais d’une occupation contractuelle.

Tableau des frais d'une vente à réméré

Nature des frais (réméré)
Montant (indexé sur le prix de vente)
Honoraires de transaction
6 % TTC
Frais de notaire
2,5 % (à parfaire)
Indemnité d’occupation annuelle
10 % (à parfaire)

Exemple chiffré réaliste

  • Valeur du bien : 1 000 000 €
  • Prix de vente réméré (60 %) : 600 000 €
  • Frais (notaire, structuration, accompagnement) : ~50 000 €
  • Indemnité d’occupation prépayée (24 mois) : 120 000 €

Trésorerie nette disponible : environ 430 000 €, permettant de solder des dettes identifiées.

Le prix de rachat est strictement celui prévu à l’acte, sans assimilation à une plus-value ou à un intérêt.

Conditions habituelles d’éligibilité

  • Bien immobilier de valeur significative (souvent > 400 000 €),
  • Endettement global raisonnable par rapport à la valeur du bien,
  • Situation patrimoniale lisible,
  • Projet crédible de sortie (rachat ou revente).

La vente à réméré n’est jamais une solution de masse.

Risques et précautions indispensables

1. Risque de requalification

Une vente à réméré mal structurée peut être requalifiée en prêt déguisé, ce qui entraîne la nullité de l’opération.

D’où l’absolue nécessité :

  • d’un notaire expérimenté,
  • d’une transparence totale sur les flux,
  • d’un prix de rachat cohérent.

2. Risque patrimonial

En cas de non-rachat dans le délai :

  • le vendeur perd définitivement son bien.

Ce que la vente à réméré n’est pas (et ne sera jamais)

  • ce n’est pas un crédit,
  • ce n’est pas un rachat de crédit,
  • ce n’est pas un prêt hypothécaire,
  • ce n’est pas une restructuration bancaire,
  • ce n’est pas un moyen juridique de “contourner” le FICP.

Toute présentation inverse est fausse juridiquement.

Analyste crédit hypothécaire

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