Guide pratique

Vente à réméré en cas de fichage Banque de France

Fiché à la Banque de France au FICP, un propriétaire peut recourir à la vente à réméré, qui n'est pas un crédit, pour solder ses dettes en gardant la faculté de racheter son bien. Exemple chiffré.

Zoe Lemonnier
Analyste
Relu par
,
Mis à jour le
11 October 2026
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Être fiché à la Banque de France (FICP) n’empêche pas une vente à réméré, mais place de nombreux propriétaires dans une situation de blocage : accès au crédit restreint, pression des créanciers, procédures de recouvrement parfois avancées.
Dans ce contexte, la vente à réméré (ou vente avec faculté de rachat) peut constituer une solution patrimoniale exceptionnelle, à condition d’en comprendre exactement la portée juridique, les limites et les risques. Contrairement à certaines idées reçues, la vente à réméré ne défichera jamais quelqu’un “automatiquement”, et n’est pas un crédit. Elle permet en revanche, dans certains cas, de solder des dettes à l’origine du fichage, ce qui peut conduire, indirectement, à la levée de l’inscription FICP lorsque les conditions légales sont réunies.

Qu’est-ce que le fichage Banque de France (FICP) ?

Le FICP (Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) est tenu par la Banque de France.
Il recense :

  • les incidents de paiement caractérisés sur crédits,
  • les personnes faisant l’objet d’un dossier de surendettement.

La Banque de France ne décide pas du fichage : elle enregistre les déclarations transmises par les établissements de crédit ou la commission de surendettement.

Le fichage entraîne notamment :

  • des refus de crédit quasi systématiques,
  • une surveillance accrue des comptes,
  • une fragilisation globale de la situation financière.

Combien de temps dure un fichage Banque de France ?

La durée du fichage Banque de France est fixée par la loi et dépend de son origine. Pour un incident de remboursement, l’inscription au FICP est levée dès que l’établissement de crédit déclare la dette intégralement remboursée ; à défaut, elle ne disparaît qu’à l’échéance du délai légal. Pour un dossier de surendettement, la durée varie selon la mesure décidée (plan, effacement, rétablissement personnel).

Autrement dit, le moyen le plus rapide de sortir du fichier est de solder la dette à l’origine de l’incident. C’est précisément ce que permet le prix perçu lors d’une vente à réméré : régler les créanciers, obtenir la déclaration de remboursement, puis préparer le rachat du bien dans le délai prévu à l’acte.

Vente à réméré : définition et cadre juridique

La vente à réméré est une vente immobilière réelle, encadrée par les articles 1659 à 1673 du Code civil. Sa définition juridique est détaillée dans notre guide dédié.

Elle repose sur trois principes fondamentaux :

  1. Le bien est vendu à un investisseur, par acte notarié.
  2. Le vendeur dispose d’une faculté de rachat, à un prix fixé à l’avance.
  3. Cette faculté est limitée dans le temps : 5 ans maximum selon la loi, 6 à 36 mois en pratique.

Juridiquement :

  • le vendeur n’est plus propriétaire pendant la durée du réméré ;
  • il conserve uniquement un droit personnel de rachat, pas un droit réel.

Ce que permet réellement une vente à réméré pour une personne fichée FICP

La vente à réméré n’agit jamais sur le FICP en tant que tel.
Elle peut en revanche permettre :

  • d’obtenir des liquidités immédiates sans recours au crédit,
  • de rembourser tout ou partie des dettes à l’origine du fichage,
  • de rétablir une situation financière saine, préalable indispensable à toute radiation FICP.

Le défichage n’intervient que si les créanciers déclarent la dette régularisée, ou à l’échéance du délai légal.

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Procédures judiciaires : attention aux idées fausses

Faux : la vente à réméré ne “suspend” pas automatiquement les poursuites.

En pratique :

  • le produit de la vente peut permettre de payer les créanciers,
  • ce paiement peut entraîner l’extinction des procédures,
  • mais aucune suspension automatique n’existe sans règlement effectif.

Occupation du bien pendant le réméré

Le vendeur peut rester dans le bien :

  • via une indemnité d’occupation, prévue à l’acte,
  • payée d’avance, à hauteur de 10 à 12 % par an du prix de vente.

Il ne s’agit ni d’un loyer, ni d’un bail, mais d’une occupation contractuelle.

Tableau des frais d'une vente à réméré

Nature des frais (réméré)
Montant (indexé sur le prix de vente)
Honoraires de transaction
6 % TTC
Frais de notaire
2,5 % (à parfaire)
Indemnité d’occupation annuelle
10 à 12 % (payée d’avance)

Vente à réméré : exemple chiffré

  • Valeur du bien : 1 000 000 €
  • Prix de vente réméré (60 %) : 600 000 €
  • Frais à la signature (environ 8,5 % : notaire, honoraires, accompagnement) : environ 51 000 €
  • Indemnité d’occupation prépayée (24 mois) : 120 000 €

Trésorerie nette disponible : environ 429 000 €, permettant de solder des dettes identifiées.

Le prix de rachat est strictement celui prévu à l’acte, sans assimilation à une plus-value ou à un intérêt.

Conditions habituelles d’éligibilité

  • Bien immobilier d’une valeur d’au moins 300 000 €, pour un besoin à partir de 100 000 €,
  • Endettement global raisonnable par rapport à la valeur du bien,
  • Situation patrimoniale lisible,
  • Projet crédible de sortie (rachat ou revente).

La vente à réméré n’est jamais une solution de masse.

Risques et précautions indispensables

1. Risque de requalification

Une vente à réméré mal structurée peut être requalifiée en prêt déguisé (contrat pignoratif), ce qui entraîne la nullité de l’opération ; sur la résidence principale, elle peut aussi être sanctionnée comme pacte commissoire prohibé (article 2459 du Code civil). Les juges recherchent si les parties ont réellement voulu vendre, en examinant notamment un prix très inférieur à la valeur du bien, le maintien du vendeur dans les lieux contre une indemnité qui s’analyse en intérêts, et l’intention commune de prêter plutôt que de vendre.

D’où l’absolue nécessité :

  • d’un notaire expérimenté,
  • d’une transparence totale sur les flux,
  • d’un prix de rachat cohérent.

2. Risque patrimonial

En cas de non-rachat dans le délai :

  • l’acquéreur devient propriétaire irrévocable (article 1662 du Code civil) et le vendeur perd définitivement son bien ;
  • le vendeur conserve le prix perçu à la signature, sans autre somme due au titre du bien, sauf clause contraire de l’acte ;
  • il doit libérer les lieux dans les conditions prévues par l’acte et la convention d’occupation.
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Ce que la vente à réméré n’est pas (et ne sera jamais)

  • ce n’est pas un crédit,
  • ce n’est pas un rachat de crédit,
  • ce n’est pas un prêt hypothécaire,
  • ce n’est pas une restructuration bancaire,
  • ce n’est pas un moyen juridique de “contourner” le FICP.

Toute présentation inverse est fausse juridiquement.

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Article rédigé par
Zoe Lemonnier
Analyste

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Publié le
16 September 2025
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