Guide pratique

Nu-propriétaire : définition et vente en nue-propriété

Ce qu'est un nu-propriétaire, ses droits et ses obligations, le moment où il devient plein propriétaire, puis le fonctionnement de la vente en nue-propriété : prix, fiscalité et exemple chiffré.

Boris Intini
Directeur Général Associé de PraxiFinance
Mis à jour le
11 October 2026
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Le nu-propriétaire est la personne qui détient la nue-propriété d'un bien : il en est propriétaire, mais il ne peut ni l'occuper ni en percevoir les loyers, car ces droits appartiennent à l'usufruitier. Il récupère la pleine propriété à la fin de l'usufruit.

Nu-propriétaire et nue-propriété : définition

En droit français, la propriété d'un bien peut être démembrée en deux droits distincts, détenus par deux personnes différentes :

  • L'usufruit : le droit d'utiliser le bien (y habiter) et d'en percevoir les revenus (le louer). L'article 578 du Code civil le définit comme le droit de jouir d'un bien dont un autre a la propriété, à charge d'en conserver la substance.
  • La nue-propriété : le droit de disposer du bien, sans pouvoir l'utiliser ni en tirer de revenus tant que l'usufruit existe.

Le titulaire de la nue-propriété est le nu-propriétaire, celui de l'usufruit est l'usufruitier. On écrit « nu-propriétaire » au singulier et « nus-propriétaires » au pluriel ; le droit lui-même s'écrit « nue-propriété ».

Usufruitier et nu-propriétaire : qui a quels droits ?

  • Il peut vendre ou donner sa nue-propriété sans l'accord de l'usufruitier. Celui qui la reçoit devient nu-propriétaire à son tour, et l'usufruit continue de s'appliquer.
  • Il ne peut pas habiter le bien, le louer ni encaisser les loyers tant que dure l'usufruit.
  • Il supporte en principe les grosses réparations (toiture, murs porteurs), l'usufruitier gardant l'entretien courant (articles 605 et 606 du Code civil).
  • Il ne paie pas la taxe foncière, qui est due par l'usufruitier.

Quand le nu-propriétaire devient-il plein propriétaire ?

À l'extinction de l'usufruit : au décès de l'usufruitier si l'usufruit est viager, ou au terme prévu si l'usufruit est temporaire. Le nu-propriétaire devient alors plein propriétaire sans payer de droits sur cette réunion de l'usufruit et de la nue-propriété (article 1133 du Code général des impôts).

Vente avant le décès de l'usufruitier : comment répartir le prix ?

Le bien peut être vendu en pleine propriété avant l'extinction de l'usufruit, à une condition : l'usufruitier et le nu-propriétaire signent ensemble. Aucun des deux ne peut imposer la vente du bien entier à l'autre.

Le prix est alors réparti entre eux selon la valeur respective de l'usufruit et de la nue-propriété. En pratique, les parties retiennent souvent le barème fiscal de l'article 669 du CGI, qui dépend de l'âge de l'usufruitier, mais elles peuvent convenir d'une évaluation économique différente. Elles peuvent aussi choisir de reporter l'usufruit sur le prix de vente : l'usufruitier perçoit alors la totalité du prix et le nu-propriétaire dispose d'une créance de restitution, exigible au décès de l'usufruitier. Ces modalités se fixent devant le notaire, avant la signature de l'acte. À lire également : frais de notaire d'une vente en nue-propriété.

Nue-propriété en succession, donation ou vente

  • Succession : le conjoint survivant reçoit souvent l'usufruit et les enfants la nue-propriété (voir les droits de succession entre parents et enfants).
  • Donation : des parents donnent la nue-propriété à leurs enfants et conservent l'usufruit (voir un exemple de donation en nue-propriété).
  • Vente en nue-propriété : le propriétaire vend la nue-propriété à un acquéreur et garde l'usufruit, ce qui lui apporte un capital sans quitter son logement. C'est l'objet de la suite de cette page.

Qu’est‑ce que la vente en nue‑propriété ?

Dans une vente en nue-propriété, le propriétaire vend la nue-propriété de son bien et se réserve l'usufruit, temporaire ou viager. L'acquéreur devient nu-propriétaire ; le vendeur reste usufruitier et continue d'occuper ou de louer le bien.

Usufruit temporaire vs usufruit viager

  • Usufruit temporaire : durée déterminée (ex. 5‑30 ans) après laquelle l’usufruit s’éteint.
  • Usufruit viager : l’usufruit dure jusqu’au décès de l’usufruitier.

Pourquoi vendre la nue‑propriété d’un bien immobilier ?

  • Pour obtenir liquidités immédiates, sans avoir à vendre le logement ou déménager.
  • Pour conserver son logement, son cadre de vie, tout en monétisant une partie du patrimoine.
  • Pour alléger les gros travaux de structure, qui reviennent souvent au nu‑propriétaire selon le Code civil.
  • Pour optimiser la fiscalité : allégements fiscaux sur l’IFI, plus‑values, droits de donation/succession selon le démembrement.

Quelles conditions pour vendre en nue-propriété ?

Critères principaux

  • Propriété pleine du bien : vous devez en être propriétaire (ou avoir la pleine propriété) pour pouvoir démembrer la propriété et céder la nue-propriété.
  • Usufruit réservé : vous devez vous réserver l’usufruit (usage ou revenus).
  • Âge de l’usufruitier : bien que non obligatoire dans tous les cas, un âge avancé augmente la nue-propriété, donc augmente le capital perçu.
  • Localisation / attractivité / état du bien : l’emplacement compte énormément pour valoriser le bien.
  • Absence de charges ou de litiges excessifs affectant le bien.

Fiscalité et impôts : ce qu’il faut savoir

IFI, impôts sur la fortune immobilière

  • Si vous vendez la nue-propriété à un tiers (banque, investisseur), vous n’êtes pas tenu d’inclure la pleine propriété du bien dans votre IFI. La valeur est répartie selon le barème fiscal (article 669 CGI).

Plus-value immobilière

  • La cession de la nue-propriété constitue une mutation à titre onéreux, donc une plus-value peut être imposable selon les règles générales.
  • Abattements selon la durée de détention. Si résidence principale, exonérations possibles.

Taxe foncière et impôts locaux

  • En général, l’usufruitier reste redevable de la taxe foncière.
  • Le nu-propriétaire ne paie pas les impôts liés à l’usage ou à la jouissance du logement pendant l’usufruit.

Droits de succession / donation

  • En donation ou succession, la valeur de la nue-propriété (ou de l’usufruit) est calculée selon le barème officiel (CGI, article 669).
  • Cela permet de réduire la base taxable.

Avantages et inconvénients comparés à d’autres solutions

  • Vente en nue-propriété : capital immédiat, usage du bien conservé, fiscalité favorable, gros travaux en principe à la charge de l'acquéreur. En contrepartie, un montant inférieur à une vente en pleine propriété, des frais de notaire, et la perte du droit de vendre le bien en pleine propriété.
  • Vente classique : montant maximal et opération simple. En contrepartie, la perte de l'usage du bien, un déménagement, une fiscalité parfois lourde et un impact émotionnel et patrimonial.
  • Crédit hypothécaire : conservation de la pleine propriété et de l'usage du bien, avec des liquidités immédiates. En contrepartie, des intérêts et un capital à rembourser, et un accès plus difficile en cas de dettes existantes.

Et si un crédit hypothécaire suffisait ?

Si vous pouvez encore emprunter, un crédit hypothécaire permet de mobiliser jusqu'à 70 % de la valeur de votre bien sans le vendre, avec un remboursement étalé sur 25 ans au plus. C'est la première solution que PraxiFinance étudie.

Vente en nue-propriété : exemple chiffré

Exemple : Madame Martin, 58 ans, propriétaire d’un appartement en centre-ville estimé à 600 000 €. Elle souhaite dégager 300 000 € pour financer un projet, sans quitter son logement.

  • Valeur du bien : 600 000 €
  • Âge usufruitier : 58 ans → barème ~ 50 % usufruit / 50 % nue-propriété
  • Vente de la nue‑propriété → capital ≈ 300 000 €
  • Elle conserve l’usufruit à vie.
  • Elle continue à habiter ou avoir un loyer fictif s’il y a location.
  • Frais de notaire + frais d’acte à prévoir (~ acte notarié + émoluments), mais sur ce type d’opération ils sont raisonnables proportionnellement.

Cet exemple montre que pour un besoin entre 200‑350 k€, il est réaliste de répondre via la vente de nue-propriété d’un bien à valeur importante, sans perte de logement.

Démarches & étapes légales pour concrétiser la vente

  1. Estimation de la valeur vénale du bien (expert ou notaire).
  2. Calcul selon le barème fiscal de la valeur de la nue‑propriété (âge, état, localisation).
  3. Vérification du régime matrimonial et droits de propriété.
  4. Rédaction d’un acte devant notaire : préciser usufruit, durée, usage.
  5. Offre d’achat par un acquéreur (banque, investisseur, particulier).
  6. Signature chez notaire + versement du capital.
  7. Durant l’usufruit : usage/louage, entretien courant, paiement des taxes (par l’usufruitier).

Vendre la nue-propriété : le cas de Mme Dubois, 58 ans

Mme Dubois vit seule en appartement à Bordeaux, estimé à 700 000 €. À 58 ans, elle a besoin de 250 000 € pour aider ses enfants à payer leurs études et rembourser un prêt. Vendre tout le bien la forçait à quitter l’appartement qu’elle aime depuis 30 ans.

Elle choisit de vendre la nue-propriété. Grâce au barème fiscal, elle obtient ~ 50 % de la valeur : ≈ 350 000 €. Après frais, elle garde ce dont elle a besoin, et garde l’usage du logement à vie. Les gros travaux à venir sont pris en charge par l’acquéreur. Elle reste sereine, préserve son cadre de vie, et atteint ses objectifs financiers.

Le saviez-vous ?

Depuis 1990, PraxiFinance est spécialiste du crédit hypothécaire et étudie aussi, selon la situation, la vente à réméré ou la vente avec complément de prix.

FAQ

Qu’est‑ce que la nue‑propriété et comment fonctionne la vente en nue‑propriété ?

La nue‑propriété est un droit réel qui correspond à la propriété d’un bien immobilier sans en avoir l’usage (l’usufruit étant séparé). Lors d’une vente en nue-propriété, le propriétaire vend uniquement la nue-propriété de son bien, mais conserve l’usufruit, c’est-à-dire le droit d’y vivre ou de le louer. Cela permet de percevoir un capital immédiat sans quitter le logement. À la fin de l’usufruit (temporaire ou viager), le nu‑propriétaire récupère la pleine propriété.

Quelle est la valeur de la nue-propriété lors de la vente ?

Le montant obtenu dépend principalement de deux éléments :

  • La valeur vénale du bien immobilier (prix estimé s’il était vendu en pleine propriété)
  • L’âge du vendeur ou la durée de l’usufruit

Selon le barème fiscal officiel (article 669 du CGI), plus l’usufruit est court ou le vendeur âgé, plus la nue‑propriété vaut cher. En général, on peut espérer entre 40 % et 70 % de la valeur du bien, versés en capital immédiat. Par exemple, pour un bien estimé à 600 000 €, une vente en nue-propriété peut rapporter entre 240 000 € et 420 000 €, selon le cas.

Peut‑on rester dans son logement après avoir vendu la nue‑propriété ?

Oui, c’est même le principe fondamental de la vente en nue‑propriété. En se réservant l’usufruit, vous conservez le droit d’occuper le bien à vie (usufruit viager) ou pendant une durée fixe (usufruit temporaire).

Vous pouvez :

  • y habiter personnellement,
  • le prêter à un proche,
  • ou le louer (dans certains cas, sous conditions précisées dans l’acte notarié).

Le nu-propriétaire n’a aucun droit d’usage pendant la durée de l’usufruit.

À quel âge cette opération est‑elle la plus avantageuse fiscalement ?

Plus vous êtes âgé, plus l’usufruit est court selon l’espérance de vie statistique, donc plus la nue‑propriété vaut cher. Cela vous permet de maximiser le capital perçu tout en bénéficiant d’un allègement fiscal important sur l’IFI ou les droits de donation/succession.
À partir de 60–65 ans, la vente en nue‑propriété devient particulièrement pertinente. Mais elle peut aussi convenir dès 50 ans si le besoin de liquidité est fort et si le bien a une forte valeur.

Quelle fiscalité sur la plus-value et l’IFI en nue-propriété ?

Impôt sur la plus-value immobilière : si le bien vendu n’est pas votre résidence principale, la vente de la nue‑propriété peut générer une plus-value imposable. Celle-ci est calculée au prorata de la nue‑propriété cédée. Des abattements sont appliqués selon la durée de détention (jusqu’à exonération après 22 ans pour l’impôt sur le revenu et 30 ans pour les prélèvements sociaux).
IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) : après la vente de la nue-propriété, vous ne déclarez plus la pleine propriété à l’IFI. Vous déclarez uniquement l’usufruit, ce qui réduit souvent fortement votre base taxable, voire vous en exonère. À lire également : vente en nue-propriété et impôt sur la plus-value.

Qui paie les gros travaux, la taxe foncière et les charges courantes ?

La répartition des charges dépend du Code civil (articles 605 et 606) et des stipulations du contrat de vente.

  • Travaux d’entretien courant (peinture, petites réparations) : à la charge de l’usufruitier
  • Gros travaux de structure (toiture, murs porteurs, réseaux) : à la charge du nu-propriétaire, sauf clause contraire
  • Taxe foncière : généralement à la charge de l'usufruitier (qui paie la taxe foncière en nue-propriété ?)
  • Charges de copropriété : l’usufruitier paie les charges courantes, le nu‑propriétaire les charges exceptionnelles et travaux lourds

Il est essentiel de faire préciser ces points dans l’acte notarié pour éviter tout litige.

Quels sont les risques ou les inconvénients de la vente en nue‑propriété ?

Voici les principaux points à considérer :

  1. Capital immédiat moindre que lors d’une vente en pleine propriété (en moyenne 50 % à 60 % du prix).
  2. Engagement irréversible : une fois la nue-propriété vendue, vous ne pourrez pas vendre le bien en totalité ni en modifier les droits.
  3. Durée longue de l’usufruit viager (le nu-propriétaire devra attendre des années avant d’avoir la pleine propriété).
  4. Relations juridiques entre usufruitier et nu-propriétaire : en cas de litige ou de désaccord sur les travaux, l’usage, les charges…
  5. Accès au crédit parfois restreint ensuite, si votre bien ne vous appartient plus en totalité.

Cependant, bien encadrée par un notaire et un expert indépendant, la vente en nue-propriété reste une solution sécurisée et transparente.

PraxiFinance en couverture du Point
Le Point
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Portrait de PraxiFinance publié le 22 décembre 2025 dans l’espace partenaires du Point (Le Point Services).
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Article rédigé par
Boris Intini
Directeur Général Associé de PraxiFinance

Boris Intini est directeur général associé de PraxiFinance, courtier spécialiste du crédit hypothécaire depuis 1990. Régulièrement invité dans les médias sur le crédit hypothécaire, la vente à réméré et le prêt viager hypothécaire, il rédige les articles du site consacrés au financement des propriétaires.

Publié le
18 September 2025
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