Portage de marchand de bien : pourquoi la banque refuse votre dossier

Boris Intini
Directeur général de PraxiFinance
Mis à jour le
26 February 2026

Un refus bancaire en marchand de biens est rarement lié à une seule raison. Il résulte généralement d’une combinaison de critères prudentiels, d’analyse du risque et de contraintes internes propres à l’établissement prêteur. Beaucoup d’opérateurs pensent que leur projet est rentable et techniquement solide, mais se heurtent à une lecture bancaire très différente de la logique entrepreneuriale. La banque raisonne en exposition au risque, en ratios financiers et en capacité de remboursement, tandis que le marchand raisonne en marge et en potentiel de valorisation. Comprendre ce décalage est essentiel pour anticiper un refus et envisager des solutions alternatives comme le portage. Dans cet article, nous analysons en profondeur les principales causes de refus bancaire en marchand de biens et la manière dont le portage peut permettre de contourner ces blocages.

La logique bancaire n’est pas la logique du marchand

La première source d’incompréhension réside dans la différence de lecture du risque. Le marchand voit une décote à l’achat et une plus-value potentielle après travaux. La banque, elle, analyse la solidité du bilan, le niveau d’endettement, la capacité d’autofinancement et la liquidité du marché local.

Même si la marge prévisionnelle semble confortable, l’établissement prêteur évalue d’abord la capacité du porteur de projet à absorber un échec. Il ne finance pas uniquement un actif, il finance un risque. Si les ratios internes ne sont pas respectés, le refus peut intervenir malgré la qualité apparente de l’opération.

Un niveau d’endettement déjà trop élevé

L’une des causes les plus fréquentes de refus concerne l’encours global du marchand. Lorsqu’un opérateur a déjà plusieurs crédits en cours, la banque considère que sa capacité d’endettement est saturée. Même si chaque opération est rentable individuellement, l’exposition cumulée peut être jugée excessive.

Les établissements bancaires appliquent des plafonds internes d’engagement par client. Une nouvelle opération peut ainsi être refusée non pas pour sa qualité propre, mais parce qu’elle dépasse la limite d’exposition autorisée. Le portage devient alors une solution pertinente pour ne pas alourdir davantage le bilan bancaire.

Une structure financière jugée trop fragile

Les banques examinent attentivement les fonds propres disponibles. Un apport insuffisant ou une trésorerie limitée constitue un signal d’alerte. Même si le projet présente une marge prévisionnelle élevée, un manque de liquidité peut entraîner un refus.

La banque cherche à s’assurer que le marchand pourra absorber un dépassement de travaux, un retard de commercialisation ou une baisse de prix. Si cette capacité d’absorption est jugée insuffisante, le financement est bloqué. Le portage permet précisément de limiter l’immobilisation de fonds propres, ce qui peut résoudre ce type de contrainte.

Un marché local considéré comme risqué

Un autre motif fréquent de refus concerne la localisation du bien. Les banques privilégient les zones liquides, dynamiques et fortement demandées. Un projet situé dans un secteur moins tendu ou avec un historique de délais de vente longs sera perçu comme plus risqué.

Même avec une décote réelle à l’achat, l’établissement prêteur peut estimer que la sortie n’est pas suffisamment sécurisée. Le portage, en transférant le risque principal du capital à un investisseur privé, offre une alternative lorsque la banque considère le marché trop incertain.

Une marge jugée insuffisante

Les banques appliquent leurs propres critères de rentabilité minimale. Une marge brute de 10 à 15 % peut sembler intéressante pour un marchand, mais être considérée comme trop faible par un comité de crédit.

L’établissement prêteur raisonne en scénario pessimiste. Il intègre une baisse potentielle du prix de revente et une hausse des travaux. Si la marge disparaît dans ce scénario prudent, le dossier est refusé. Cette approche conservatrice explique de nombreux blocages.

Un manque d’expérience du porteur de projet

L’expérience joue un rôle déterminant. Un primo-marchand ou un opérateur ayant peu d’opérations à son actif inspire moins de confiance qu’un professionnel expérimenté. La banque analyse le track record, les résultats passés et la régularité des performances.

Un dossier techniquement solide peut être refusé si l’historique du dirigeant est jugé insuffisant. Le portage peut alors servir de levier transitoire pour réaliser une première opération et renforcer la crédibilité future auprès des établissements bancaires.

Des délais d’instruction incompatibles avec l’opportunité

Parfois, le refus n’est pas formel mais indirect. Les délais d’instruction bancaire peuvent être incompatibles avec le calendrier de l’opération. Une opportunité décotée nécessite souvent une décision rapide, alors que le processus de crédit peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Dans ces situations, le marchand peut perdre le bien avant même d’obtenir une réponse définitive. Le portage offre une capacité de décision plus rapide, ce qui permet de sécuriser l’actif sans dépendre des délais bancaires.

Ce que la banque refuse, et ce que le portage rend possible

Quand une banque refuse un dossier, elle ne dit pas forcément que l’opération est mauvaise. Elle dit surtout qu’elle ne veut pas porter le risque et immobiliser son exposition sur une durée incertaine, avec un opérateur dont la structure financière ne correspond pas à ses critères internes. Le marchand, lui, se retrouve avec une situation paradoxale : une opération potentiellement rentable, parfois très rentable, mais impossible à exécuter faute de financement. C’est précisément là que le portage prend tout son sens, car il permet de dissocier le contrôle opérationnel du projet et le financement de l’acquisition, tout en conservant une sortie encadrée dans le temps.

Dans un montage de portage, l’investisseur partenaire achète le bien, signe une promesse de revente au marchand, puis supporte la détention sur une durée maximale déterminée à l’avance. Le marchand ne mobilise plus le prix d’acquisition et ne dépend plus des ratios bancaires, mais uniquement de sa capacité à exécuter les travaux et à vendre au bon prix. Autrement dit, là où la banque refuse un dossier parce qu’elle raisonne en capacité de remboursement et en exposition globale, le portage permet de raisonner en exécution, en calendrier et en sortie, ce qui correspond bien davantage au fonctionnement réel d’une opération de marchand de biens.

Exemple chiffré : la lecture que la banque ne fait pas

Prenons un exemple simple et réaliste, typiquement bloqué par la banque. Le prix d’acquisition est de 700 000 euros, la valeur après travaux est estimée à 1 000 000 euros et le budget travaux est de 100 000 euros. La durée d’opération est envisagée entre 12 et 18 mois. Le coût de portage est fixé à 8 % par an, avec des frais de notaire à 2 % et des honoraires de structuration à 2 %. Dans la logique bancaire, le refus peut venir du fait que le marchand ne dispose pas des 700 000 euros, que son endettement est déjà élevé, ou que l’établissement juge l’opération trop dépendante d’un prix de revente futur. Pourtant, si l’on modélise correctement le coût réel et la marge, l’opération peut rester très performante.

Les frais fixes sont simples à identifier. Les frais de notaire à 2 % sur 700 000 euros représentent 14 000 euros. Les honoraires de structuration à 2 % représentent également 14 000 euros. Le total des frais fixes s’élève donc à 28 000 euros. Ensuite, vient le coût financier, qui dépend uniquement du temps. À 8 % sur 700 000 euros, les intérêts sur 12 mois représentent 56 000 euros. Le coût total du portage à 12 mois est donc de 56 000 euros d’intérêts auxquels on ajoute 28 000 euros de frais fixes, soit 84 000 euros.

Scénario 12 mois : une opération que le refus bancaire empêche, mais que le portage rend rentable

Dans le scénario où la vente intervient au bout de 12 mois, le total à rembourser à l’investisseur comprend le capital de 700 000 euros, les intérêts de 56 000 euros, ainsi que les frais de notaire de 14 000 euros, ce qui porte le montant à 770 000 euros. Si la revente se fait à 1 000 000 euros, le marchand doit ensuite prendre en compte les travaux de 100 000 euros. Le résultat brut ressort alors à 116 000 euros de marge.

Ce qui change la lecture, et ce que beaucoup de banques ne valorisent pas dans leur analyse, c’est que le marchand n’a pas immobilisé 700 000 euros. Il n’a mobilisé que 100 000 euros de travaux. La marge de 116 000 euros doit donc être appréciée au regard de ce capital réellement engagé. Dans cette configuration, on obtient un rendement extrêmement élevé sur fonds propres, précisément parce que le portage a permis de débloquer une opération sans apport et sans financement bancaire.

Scénario 18 mois : le temps coûte, mais la logique reste valable

Dans le scénario où la vente intervient au bout de 18 mois, les intérêts ne sont plus de 8 % mais de 12 % sur la période, ce qui représente 84 000 euros. Le total à rembourser à l’investisseur devient 700 000 euros de capital, 84 000 euros d’intérêts et 14 000 euros de frais de notaire, soit 798 000 euros. Le coût total du portage sur 18 mois atteint alors 112 000 euros lorsqu’on additionne les 84 000 euros d’intérêts et les 28 000 euros de frais fixes.

Avec une revente à 1 000 000 euros et 100 000 euros de travaux, la marge descend à 88 000 euros. Le temps a donc un impact direct et mesurable, et c’est précisément ce que la banque redoute : une durée qui s’allonge et une rentabilité qui s’érode. Mais là encore, l’analyse essentielle consiste à replacer ce résultat dans la réalité des fonds propres immobilisés. Même à 18 mois, l’opération reste rentable, et le rendement sur le capital de travaux demeure très élevé, ce qui explique pourquoi le portage peut rester une solution pertinente malgré un coût facial élevé.

Ce que ces scénarios prouvent face au refus bancaire

Ces deux scénarios montrent une chose très simple : le refus bancaire ne signifie pas forcément que l’opération n’est pas rentable. Il signifie souvent que le dossier n’entre pas dans la grille d’analyse standard de la banque, qui privilégie la sécurité du remboursement et les ratios, plutôt que l’effet de levier et la rentabilité sur capital immobilisé. Le portage, lui, permet de basculer sur une logique plus proche de l’économie réelle d’une opération de marchand de biens, à condition de modéliser correctement les coûts, de maîtriser la durée et de conserver une marge initiale suffisante. C’est cette capacité à transformer une opération bloquée en opération exécutable qui explique pourquoi tant de marchands y recourent après un refus bancaire.

La gestion du risque vue par la banque

La banque applique des modèles internes stricts fondés sur des ratios financiers et des scénarios défavorables. Elle cherche à minimiser son exposition et à garantir le remboursement, indépendamment du potentiel de plus-value. Cette approche prudente est structurelle et ne dépend pas nécessairement de la qualité du projet.

Le portage, en revanche, repose sur une logique d’investissement à court terme avec une rémunération fixe définie à l’avance. L’analyse du risque est différente et parfois plus adaptée à la nature entrepreneuriale d’une opération de marchand de biens.

Quand le portage devient une alternative stratégique

Lorsque le refus bancaire est lié à une contrainte structurelle et non à une faiblesse intrinsèque du projet, le portage peut débloquer la situation. L’investisseur acquiert le bien, le porte sur une durée définie et permet au marchand de financer uniquement les travaux.

Des structures spécialisées comme PraxiFinance mettent en place ce type de montage en sécurisant juridiquement la promesse de revente et la sortie finale. Le coût du portage doit alors être intégré dans le calcul de marge, mais il peut transformer un refus en opportunité concrète.

Faut-il renoncer après un refus bancaire ?

Un refus ne signifie pas nécessairement que l’opération est mauvaise. Il peut simplement révéler une inadéquation entre la logique bancaire et la réalité entrepreneuriale du projet. La première étape consiste à identifier précisément la cause du refus.

Si la marge est solide, que le marché est dynamique et que le calendrier est maîtrisé, le portage peut constituer une solution pertinente. En revanche, si le refus est motivé par une marge trop faible ou un risque structurel élevé, il peut être préférable de renégocier le prix d’achat ou d’abandonner l’opération.

Conclusion

Le refus bancaire en marchand de biens est rarement arbitraire. Il résulte d’une lecture prudente du risque, de contraintes d’endettement ou de critères internes stricts. Comprendre ces mécanismes permet d’anticiper les blocages et de structurer un dossier plus solide. Lorsque la banque ne suit pas, le portage peut constituer une alternative stratégique pour sécuriser une opportunité et préserver la dynamique entrepreneuriale du marchand.

FAQ – Refus bancaire en marchand de biens

Une banque peut-elle refuser malgré une forte marge ?
Oui, car elle analyse surtout le risque et la capacité de remboursement, pas uniquement la plus-value potentielle.

Un refus bancaire est-il définitif ?
Non, il dépend souvent de l’établissement, de l’exposition actuelle et de la structuration du dossier.

Le portage remplace-t-il totalement la banque ?
Il constitue une alternative lorsque la banque refuse ou lorsque les délais sont incompatibles avec l’opportunité.

Faut-il changer de banque après un refus ?
Il peut être utile de consulter un autre établissement, mais si le refus est lié à des critères structurels, le résultat sera souvent similaire.

Peut-on combiner portage et financement bancaire ?
Oui, dans certains montages, une partie peut être financée par crédit et l’autre par portage selon la structure du projet.

Boris Intini est le Directeur Général de PraxiFinance. Régulièrement invité dans les médias pour partager son expertise sur la monétisation immobilière, il contribue à l’enrichissement du site par la rédaction d’articles dédiés aux enjeux des propriétaires en recherches actives de liquidités.

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