Crédit marchand de biens : pourquoi les banques refusent

Boris Intini
Directeur général de PraxiFinance
Mis à jour le
24 February 2026

De nombreux marchands de biens découvrent rapidement une réalité parfois brutale : obtenir un crédit bancaire pour financer une opération d’achat-revente est souvent plus difficile qu’imaginé. Même lorsqu’un projet semble rentable sur le papier, la banque peut opposer un refus ou imposer des conditions particulièrement strictes. Cette situation ne résulte pas d’une hostilité envers les marchands, mais d’une logique interne propre au système bancaire. Comprendre pourquoi les banques refusent un crédit marchand de biens permet d’anticiper leurs critères, d’adapter son dossier et, surtout, d’identifier des alternatives plus adaptées à la nature réelle de l’activité.

Une logique bancaire incompatible avec la logique du marchand

La première source de refus provient d’un décalage fondamental entre la logique bancaire et celle du marchand de biens. La banque finance classiquement des actifs destinés à être conservés, générant des flux réguliers et prévisibles. Elle apprécie la stabilité, la visibilité et la récurrence des revenus.

Le marchand de biens, au contraire, fonctionne sur un modèle de rotation rapide. Il achète, transforme et revend. Son activité est par définition non récurrente, dépendante du marché, des délais administratifs, des travaux et de la commercialisation. La rentabilité repose sur une plus-value ponctuelle et non sur des loyers stables.

Pour une banque, cette absence de revenus récurrents augmente la perception du risque. Elle ne dispose pas d’un flux sécurisé pour amortir le crédit. Elle dépend de la réussite de la revente finale.

L’exigence d’apport et de garanties

La seconde cause fréquente de refus concerne l’apport exigé. Les banques demandent généralement un apport significatif pour financer une opération de marchand de biens. Cet apport peut représenter 10 %, 20 %, parfois davantage du prix d’acquisition.

Dans une opération de 700 000 €, cela signifie mobiliser 70 000 € à 140 000 € d’apport, auxquels s’ajoutent les 100 000 € de travaux. Le capital réellement immobilisé peut donc dépasser 200 000 €.

Pour un marchand en phase de développement, cette exigence limite fortement la capacité à multiplier les opérations. La banque, quant à elle, cherche à réduire son exposition en exigeant une contribution financière directe du porteur de projet.

En complément, elle demande souvent des garanties personnelles, cautions, hypothèques sur d’autres biens ou nantissements. Cette exigence peut dissuader certains marchands qui ne souhaitent pas engager leur patrimoine personnel.

L’analyse des ratios financiers

Les banques évaluent systématiquement les ratios financiers de l’entreprise. Elles examinent la structure du bilan, le niveau d’endettement, la trésorerie disponible et les résultats passés.

Un marchand débutant ou ayant peu d’historique peut être perçu comme risqué. Même un marchand expérimenté peut voir sa capacité d’endettement limitée s’il a déjà plusieurs opérations en cours inscrites à son bilan.

Contrairement à un investisseur locatif, le marchand ne détient pas des actifs stabilisés générant des revenus réguliers. Son bilan peut apparaître temporairement chargé d’actifs en stock sans flux immédiats. Cette configuration complique l’analyse bancaire.

Le problème du “stock” au bilan du marchand

L’un des éléments que les banques analysent avec prudence dans l’activité de marchand de biens est la notion de stock. Contrairement à un investisseur locatif qui détient des actifs productifs de loyers, le marchand détient temporairement des biens destinés à la revente. Comptablement, ces biens apparaissent comme du stock immobilisé, sans flux de revenus associés tant que la vente finale n’est pas réalisée.

Pour un analyste bancaire, un bilan composé majoritairement de stock peut être perçu comme fragile. La valeur inscrite dépend du marché et de la capacité à vendre. Si le marché ralentit, la valorisation peut devenir incertaine. Cette situation crée une tension : plus le marchand développe son activité, plus son stock augmente, et plus la banque peut considérer que son exposition globale devient importante.

Cette logique explique pourquoi un marchand ayant plusieurs opérations simultanées peut se heurter à un plafonnement de sa capacité d’endettement, même si chaque opération prise isolément est rentable. La banque ne raisonne pas seulement par projet, mais en vision consolidée du risque.

L’incertitude sur la durée de l’opération

Un crédit marchand de biens est censé être de courte durée, souvent 12 à 24 mois. Pourtant, pour une banque, la durée réelle est incertaine. Un retard de permis, un imprévu technique ou un ralentissement du marché peut prolonger la détention.

Or, plus la durée s’allonge, plus le risque augmente. Si la vente tarde, la banque se retrouve exposée plus longtemps que prévu. Elle doit alors surveiller la situation, éventuellement réaménager le crédit ou supporter un risque accru.

Cette incertitude structurelle rend le financement marchand plus complexe qu’un crédit immobilier classique amortissable sur vingt ans avec un loyer en face.

Le risque de marché et la cyclicité immobilière

Le crédit marchand de biens est particulièrement sensible aux cycles immobiliers. En période de hausse des prix et de fluidité des transactions, les opérations se vendent rapidement et les banques peuvent se montrer plus ouvertes. En revanche, dès que le marché ralentit, la perception du risque augmente brutalement.

La banque sait qu’un bien acheté aujourd’hui peut valoir moins dans un an si le marché se retourne. Or, son remboursement dépend directement de la revente. Elle ne bénéficie pas d’un amortissement progressif sur vingt ans, mais d’un remboursement in fine souvent conditionné à la vente.

Cette cyclicité renforce la prudence bancaire. Un projet parfaitement rentable dans un marché dynamique peut devenir incertain si le volume de transactions diminue ou si les acquéreurs deviennent plus attentistes. Les banques intègrent cette variable macroéconomique dans leur décision, même si le marchand se concentre sur son opération spécifique.

Exemple chiffré comparatif

Prix d’acquisition : 700 000 €
Valeur après travaux : 1 000 000 €
Budget travaux : 100 000 €
Durée estimée : 12 à 18 mois

Imaginons que la banque accepte de financer 700 000 € à un taux global de 4 % annuel. Les intérêts sur 12 mois représenteraient 28 000 €. À cela peuvent s’ajouter des frais de dossier, garanties et assurances.

La marge brute théorique serait :
1 000 000 – 700 000 – 100 000 – 28 000 = 172 000 €

En apparence, ce financement semble plus économique qu’un portage à 8 %. Pourtant, la banque exige un apport et immobilise la capacité d’endettement du marchand. Le capital réellement engagé peut dépasser 200 000 €, ce qui réduit le rendement sur fonds propres.

La banque, elle, analyse le risque inverse : si la revente ne se fait pas à 1 000 000 €, sa garantie dépendra de la valeur réelle du bien et des sûretés prises.

Le poids des normes prudentielles

Les banques sont soumises à des règles prudentielles strictes. Elles doivent respecter des ratios de solvabilité, des exigences en fonds propres et des contraintes réglementaires.

Un crédit marchand de biens est classé comme plus risqué qu’un crédit résidentiel classique. Il mobilise davantage de fonds propres pour la banque. Cela signifie qu’elle doit immobiliser plus de capital réglementaire pour prêter le même montant.

Cette contrainte interne peut conduire une banque à limiter son exposition au secteur du marchand de biens, même si le projet semble rentable.

Le facteur psychologique et relationnel

Au-delà des chiffres, le facteur humain joue un rôle important. Certains chargés d’affaires maîtrisent mal l’activité de marchand de biens. Ils peuvent assimiler l’opération à de la spéculation et adopter une posture prudente.

L’absence de compréhension fine du modèle économique peut générer un refus par excès de prudence. À l’inverse, une banque habituée à financer des marchands expérimentés peut adopter une approche plus ouverte.

La qualité de présentation du dossier, la clarté des prévisions et la solidité des hypothèses influencent fortement la décision.

Pourquoi les refus sont fréquents chez les débutants

Un marchand débutant cumule plusieurs facteurs défavorables : absence d’historique, fonds propres limités, méconnaissance des attentes bancaires et parfois prévisionnels trop optimistes.

La banque analyse le risque global, pas seulement la marge théorique. Elle se demande si le porteur a déjà géré un chantier de cette ampleur, s’il maîtrise les coûts et s’il saura commercialiser efficacement.

Sans track record solide, l’accès au crédit peut devenir particulièrement difficile.

L’absence de track record comme facteur bloquant

Dans le financement marchand, l’expérience joue un rôle déterminant. Une banque finance moins un bien qu’un opérateur. Elle cherche à évaluer la capacité du marchand à anticiper les imprévus, à négocier avec les entreprises, à gérer un budget travaux et à commercialiser efficacement.

Un marchand expérimenté peut présenter plusieurs opérations réussies, des délais respectés et des marges réalisées conformes aux prévisions. Cette crédibilité rassure la banque. À l’inverse, un débutant présente un projet théorique, parfois accompagné d’estimations optimistes. Même si la marge annoncée est importante, la banque peut considérer que le risque d’exécution est élevé.

Ce phénomène crée un cercle difficile pour les nouveaux entrants : sans expérience, il est difficile d’obtenir un crédit ; sans crédit, il est difficile de réaliser une première opération. C’est précisément dans cette phase que des solutions alternatives comme le portage peuvent jouer un rôle de tremplin.

L’alternative du portage

Face aux refus bancaires, le portage apparaît comme une solution structurée. Il ne nécessite pas d’apport d’acquisition et ne mobilise pas la capacité d’endettement bancaire du marchand.

Reprenons notre exemple à 12 mois avec un coût de portage de 8 % et 28 000 € de frais fixes. La marge ressort à 116 000 €, avec un capital réellement immobilisé de 100 000 €. Le rendement sur fonds propres dépasse 100 %.

Même si le coût apparent est supérieur au taux bancaire, l’effet de levier est plus puissant. Surtout, le marchand n’a pas besoin de convaincre un comité de crédit.

Différence d’approche entre analyse bancaire et analyse investisseur

La banque analyse principalement la solvabilité et la capacité de remboursement. L’investisseur en portage analyse la rentabilité potentielle et la solidité du projet dans sa globalité. Cette différence d’approche change profondément la dynamique de décision.

L’investisseur se concentre sur le prix d’acquisition, le potentiel de valorisation, la cohérence du budget travaux et la liquidité du bien. Il raisonne en logique d’opération. La banque, elle, raisonne en logique de bilan et de ratios prudentiels.

Cela explique pourquoi un projet refusé par une banque peut être accepté dans un schéma de portage. Ce n’est pas que le risque disparaît, mais qu’il est analysé différemment et rémunéré proportionnellement au temps d’exposition.

Lecture stratégique

Les banques ne refusent pas par principe. Elles appliquent une logique de maîtrise du risque compatible avec leurs obligations réglementaires. L’activité de marchand de biens, par nature cyclique et dépendante de la revente, ne correspond pas parfaitement à leur modèle standard.

Le refus bancaire doit donc être analysé comme un signal structurel, non comme une anomalie. Il invite le marchand à réfléchir à la cohérence entre son modèle économique et ses sources de financement.

Faut-il toujours chercher un crédit bancaire en premier ?

Beaucoup de marchands considèrent le crédit bancaire comme la solution prioritaire en raison de son taux facial plus faible. Pourtant, cette approche mérite d’être nuancée. Le temps consacré à monter un dossier bancaire, à répondre aux demandes de garanties, à attendre un comité de crédit et à gérer d’éventuelles conditions suspensives peut faire perdre des opportunités.

Dans certaines opérations, la rapidité d’exécution est déterminante. Un vendeur peut accepter une décote en échange d’une signature rapide et d’un paiement comptant. Si l’obtention du crédit retarde la transaction, le gain potentiel peut disparaître.

Le véritable arbitrage ne doit donc pas se faire uniquement sur le taux d’intérêt, mais sur la capacité à sécuriser l’opération et à préserver la marge globale. Parfois, un financement plus coûteux en apparence peut être plus performant s’il permet d’obtenir un meilleur prix d’acquisition ou de réaliser plusieurs opérations successives sans immobiliser l’endettement bancaire.

Conclusion

Le refus d’un crédit marchand de biens par une banque ne signifie pas que l’opération est mauvaise. Il traduit souvent un décalage entre la logique bancaire, fondée sur la stabilité et la prévisibilité, et la logique du marchand, fondée sur la rotation et la création de valeur ponctuelle. Les exigences d’apport, de garanties et de ratios financiers rendent l’accès au crédit complexe, surtout pour les opérateurs en phase de croissance. Comprendre ces mécanismes permet d’adapter sa stratégie de financement et d’explorer des solutions alternatives plus cohérentes avec la réalité opérationnelle de l’activité.

FAQ

Pourquoi la banque refuse alors que la marge est élevée ?
Parce qu’elle analyse le risque de non-revente et l’absence de revenus récurrents, pas uniquement la marge théorique.

Un historique solide améliore-t-il les chances d’acceptation ?
Oui, un track record rassure fortement la banque.

Le taux bancaire est-il toujours plus bas que le portage ?
Souvent oui en taux facial, mais le rendement sur fonds propres peut être inférieur en raison de l’apport exigé.

Peut-on cumuler crédit bancaire et portage ?
Oui, dans certains montages hybrides, mais cela nécessite une structuration précise.

Boris Intini est le Directeur Général de PraxiFinance. Régulièrement invité dans les médias pour partager son expertise sur la monétisation immobilière, il contribue à l’enrichissement du site par la rédaction d’articles dédiés aux eneux des propriétaires en recherches actives de liquidités.

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