Convention de trésorerie

Boris Intini
Directeur général de PraxiFinance
Mis à jour le
21 January 2026

La convention de trésorerie est un outil juridique et financier essentiel pour les groupes de sociétés souhaitant centraliser et optimiser leur gestion de trésorerie. Elle permet d’organiser les flux de liquidités entre une société mère, une holding ou plusieurs filiales, tout en respectant le cadre légal. Dans un contexte de tension sur la trésorerie et de recherche d’optimisation financière, ce mécanisme est de plus en plus utilisé par les PME comme par les grands groupes. Cette page vous explique précisément ce qu’est une convention de trésorerie, comment elle fonctionne, dans quels cas elle est obligatoire, quels sont ses avantages et ses risques, et comment mettre en place un modèle sécurisé.

Définition de la convention de trésorerie

Une convention de trésorerie est un contrat écrit conclu entre plusieurs sociétés juridiquement distinctes mais appartenant à un même groupe. Elle a pour objectif d’organiser les mouvements de trésorerie entre ces entités, généralement via un système de centralisation appelé cash pooling. Ce document fixe les règles selon lesquelles une société peut prêter ou emprunter de la trésorerie à une autre, en précisant les montants, les modalités de remboursement, les taux d’intérêt appliqués et les responsabilités de chaque partie. La convention de trésorerie est particulièrement utilisée dans les structures de type holding, où la société mère joue le rôle de pivot financier pour ses filiales.

À quoi sert une convention de trésorerie ?

La convention de trésorerie sert avant tout à optimiser la gestion financière du groupe en évitant que certaines sociétés disposent d’excédents de liquidités pendant que d’autres manquent de fonds. Elle permet de mutualiser les ressources financières, de réduire les coûts de financement externe, d’améliorer la visibilité sur les flux de trésorerie et de sécuriser juridiquement les prêts intra-groupe. Sans convention formalisée, les mouvements de trésorerie peuvent être requalifiés en abus de biens sociaux ou en distribution déguisée de dividendes.

Est-ce une obligation légale ?

La convention de trésorerie n’est pas systématiquement obligatoire, mais elle devient indispensable dès lors que des flux financiers réguliers existent entre sociétés d’un même groupe. En pratique, l’administration fiscale et les commissaires aux comptes exigent un document écrit dès qu’il y a des prêts ou avances de trésorerie, une centralisation des comptes bancaires ou une facturation d’intérêts entre sociétés liées. Sans convention, les dirigeants s’exposent à des risques juridiques, fiscaux et pénaux.

Convention de trésorerie et holding

La convention de trésorerie holding est le cas le plus fréquent. La holding centralise les fonds et les redistribue aux filiales selon leurs besoins. Ce schéma permet une meilleure négociation bancaire, une réduction du besoin en financement externe et une vision consolidée de la trésorerie du groupe. La holding agit alors comme une banque interne, mais doit respecter des règles strictes pour éviter toute requalification illégale d’activité bancaire.

Fonctionnement d’une convention de trésorerie

Le fonctionnement repose sur un mécanisme simple dans lequel chaque société conserve son compte bancaire, mais un compte centralisateur est utilisé pour redistribuer les flux. Les filiales versent leurs excédents à la holding, qui redistribue ensuite les fonds aux entités déficitaires. Des intérêts sont calculés selon un taux défini, et l’ensemble des mouvements est enregistré comptablement. Tous ces éléments sont encadrés par la convention qui définit précisément les règles applicables.

Les clauses essentielles d’une convention de trésorerie

Une convention de trésorerie complète doit comporter plusieurs clauses clés afin de sécuriser juridiquement les opérations. Elle doit identifier clairement les parties, définir l’objet de la convention et préciser les modalités de centralisation de la trésorerie. Elle doit également encadrer les conditions financières, les taux d’intérêt, les délais de remboursement, les garanties éventuelles, la durée du contrat ainsi que les modalités de résiliation.

Taux d’intérêt et fiscalité

Le taux d’intérêt appliqué dans une convention de trésorerie doit être conforme aux conditions de marché. Un taux trop faible peut être requalifié en avantage occulte, tandis qu’un taux trop élevé peut être considéré comme abusif. Sur le plan fiscal, les intérêts sont déductibles pour l’emprunteur et imposables pour le prêteur. Ils doivent être justifiés et documentés afin d’éviter tout redressement de l’administration fiscale.

Avantages de la convention de trésorerie

La convention de trésorerie présente de nombreux avantages pour les entreprises organisées en groupe. Elle permet d’optimiser le cash-flow, de réduire les frais bancaires, de sécuriser juridiquement les flux internes, d’améliorer l’allocation des ressources et d’obtenir une vision financière consolidée. Pour les dirigeants, il s’agit d’un outil stratégique de pilotage financier.

Risques et limites

Mal utilisée, la convention de trésorerie peut entraîner des conséquences lourdes. Elle peut être requalifiée en activité bancaire illégale, donner lieu à des accusations d’abus de biens sociaux, provoquer des redressements fiscaux, générer des conflits entre associés ou créer des problèmes de liquidité si la holding est mal gérée. C’est pourquoi il est essentiel de rédiger un document précis, réaliste et conforme aux pratiques de marché.

Cadre juridique et réglementaire

La convention de trésorerie s’inscrit dans un cadre juridique précis qui vise à éviter toute confusion entre gestion financière interne et activité bancaire. En droit français, seules les personnes habilitées peuvent exercer une activité de crédit à titre habituel. Or, une société qui prêterait régulièrement des fonds à des tiers pourrait être requalifiée comme établissement de crédit. La convention de trésorerie permet justement d’éviter ce risque, à condition que les flux soient strictement limités aux sociétés appartenant au même groupe et qu’ils ne constituent pas une activité lucrative autonome. Le lien capitalistique est donc fondamental. Pour être valable, la convention de trésorerie doit concerner des sociétés liées par une relation de contrôle ou d’influence significative, comme une holding détenant directement ou indirectement ses filiales. À défaut, les opérations peuvent être considérées comme illégales. Sur le plan juridique, la convention engage la responsabilité des dirigeants. En cas de mauvaise gestion, ceux-ci peuvent être poursuivis pour abus de biens sociaux si les flux de trésorerie ne servent pas l’intérêt social de chaque entité. C’est pourquoi il est indispensable que chaque prêt intra-groupe soit justifié par un intérêt économique réel pour les deux parties.

Comptabilisation d’une convention de trésorerie

La comptabilisation des opérations issues d’une convention de trésorerie doit être rigoureuse et parfaitement traçable. Chaque mouvement doit apparaître dans les comptes de l’emprunteur et du prêteur, avec une distinction claire entre capital et intérêts. Concrètement, lorsqu’une filiale reçoit une avance de trésorerie, celle-ci est enregistrée comme une dette financière dans ses comptes, tandis que la holding inscrit une créance. Les intérêts générés sont comptabilisés comme des charges financières pour l’emprunteur et comme des produits financiers pour le prêteur. Il est essentiel que ces écritures soient cohérentes dans l’ensemble du groupe afin d’éviter toute incohérence lors des audits ou des contrôles fiscaux. Une mauvaise comptabilisation peut entraîner des ajustements fiscaux importants, voire des pénalités. Dans les groupes structurés, ces flux sont souvent gérés via des outils de trésorerie dédiés, permettant un suivi quotidien et une automatisation partielle des écritures.

Convention de trésorerie et contrôle fiscal

La convention de trésorerie fait partie des documents fréquemment demandés lors d’un contrôle fiscal. L’administration cherche notamment à vérifier la réalité économique des flux et la conformité des taux d’intérêt. En l’absence de convention écrite, les avances de trésorerie peuvent être requalifiées en distributions de dividendes déguisées, ce qui entraîne une imposition supplémentaire et parfois des sanctions financières. Le contrôleur fiscal examine généralement trois points principaux : l’existence d’un lien capitalistique réel, la justification économique des flux et la conformité des conditions financières. Si l’un de ces éléments fait défaut, le risque de redressement est élevé. Disposer d’une convention de trésorerie claire, signée et régulièrement mise à jour constitue donc une véritable protection juridique pour le groupe.

Bonnes pratiques pour une convention de trésorerie efficace

Pour qu’une convention de trésorerie soit réellement efficace, elle doit être pensée comme un outil de pilotage et non comme un simple document administratif. Elle doit refléter fidèlement les pratiques réelles du groupe et être adaptée à son évolution. Il est recommandé de revoir la convention au moins une fois par an, notamment en cas de changement de périmètre du groupe, d’acquisition ou de création de nouvelles filiales. Une convention obsolète peut devenir juridiquement fragile. Il est également conseillé de fixer des plafonds de prêts afin d’éviter qu’une société ne se retrouve structurellement dépendante de la trésorerie du groupe. L’objectif est de fluidifier les flux, pas de masquer des difficultés financières durables. Enfin, l’accompagnement par un expert-comptable ou un avocat spécialisé en droit des affaires est fortement recommandé. Cela permet de sécuriser la rédaction, d’anticiper les risques fiscaux et d’optimiser la structure financière globale.

Convention de trésorerie et stratégie financière

Au-delà de l’aspect technique, la convention de trésorerie est un véritable outil stratégique. Elle permet à la direction financière d’arbitrer en temps réel entre financement interne et financement externe. Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt bancaires, le financement intra-groupe devient souvent plus avantageux que le recours au crédit classique. La convention de trésorerie permet alors de conserver la valeur financière au sein du groupe, plutôt que de la transférer aux établissements bancaires. Elle facilite également les décisions d’investissement, car la holding dispose d’une vision globale de la capacité financière du groupe. Cela permet d’allouer plus efficacement les ressources vers les projets les plus rentables. En ce sens, la convention de trésorerie n’est pas seulement un outil juridique, mais un levier de performance financière et de compétitivité à long terme.

Exemple concret de convention de trésorerie

Prenons l’exemple d’un groupe composé d’une holding nommée SAS Alpha et de deux filiales appelées SARL Beta et SAS Gamma. La SARL Beta dispose d’un excédent de 200 000 euros, tandis que la SAS Gamma a besoin de 150 000 euros pour financer son stock. La holding centralise les fonds et redistribue 150 000 euros à Gamma avec un taux d’intérêt annuel de 3 %. Les mouvements sont enregistrés dans la comptabilité de chaque entité et encadrés par la convention de trésorerie. Le groupe évite ainsi de recourir à une banque externe et réalise des économies sur les frais financiers.

Modèle de convention de trésorerie

De nombreuses entreprises recherchent un modèle de convention de trésorerie ou un modèle PDF prêt à l’emploi. Il est toutefois fortement déconseillé d’utiliser un document générique sans adaptation. Chaque groupe possède sa propre structure juridique, ses relations capitalistiques, ses flux financiers et ses contraintes fiscales. Un modèle doit donc toujours être personnalisé et validé par un expert afin de garantir sa conformité.

Comment mettre en place une convention de trésorerie ?

La mise en place d’une convention de trésorerie passe par une analyse préalable des flux existants, suivie de la définition d’un schéma de centralisation adapté. Elle nécessite ensuite la rédaction du contrat, sa validation juridique et fiscale, puis sa mise en œuvre opérationnelle. Un suivi régulier et des mises à jour sont indispensables pour garantir la cohérence du dispositif dans le temps.

Convention de trésorerie et cash pooling

La convention de trésorerie est indissociable du cash pooling. Le cash pooling correspond à la technique opérationnelle de centralisation des flux, tandis que la convention constitue le cadre juridique qui la rend licite. Il existe principalement deux formes de cash pooling, le cash pooling physique et le cash pooling notionnel, mais dans les deux cas, la convention reste indispensable.

FAQ – Convention de trésorerie

Qu’est-ce qu’une convention de trésorerie ?
Une convention de trésorerie est un contrat qui encadre les flux financiers entre sociétés d’un même groupe afin de centraliser et d’optimiser leur trésorerie.

Est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas légalement obligatoire dans tous les cas, mais devient indispensable dès qu’il existe des flux financiers réguliers entre entités liées.

Peut-on utiliser un modèle gratuit ?
Il est possible d’utiliser un modèle gratuit, mais cela comporte des risques importants. Un modèle générique doit toujours être adapté à la situation réelle du groupe.

Quel est le rôle de la holding ?
La holding agit comme un centre financier interne qui collecte et redistribue la trésorerie entre les différentes sociétés du groupe.

Quels sont les risques principaux ?
Les principaux risques sont d’ordre fiscal, juridique et pénal en cas de mauvaise rédaction ou de pratiques non conformes.

Conclusion

La convention de trésorerie est un outil stratégique pour toute entreprise organisée en groupe. Elle permet d’optimiser la gestion financière, de réduire les coûts et de sécuriser juridiquement les flux internes. Toutefois, elle doit être rédigée avec rigueur et adaptée à chaque situation spécifique. Pour les dirigeants, c’est un levier puissant de performance, à condition d’être correctement structuré, documenté et suivi dans le temps.

Boris Intini est le Directeur Général de PraxiFinance. Régulièrement invité dans les médias pour partager son expertise sur la monétisation immobilière, il contribue à l’enrichissement du site par la rédaction d’articles dédiés aux eneux des propriétaires en recherches actives de liquidités.

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